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Interview : Cerrone
15 Septembre 2022 - Par Alban Sauty

En marge de sa prestation avec The Avener au Touquet Music Beach Festival 2022, nous avons rencontré Marc Cerrone. Avec lui, nous avons notamment discuté du succès du disco dans les productions de musique électroniques actuelles et de son actualité.


Pour le Touquet Music Beach Festival, vous vous produisez en B2B avec The Avener. Il s’agit d’une prestation spéciale et unique en France cette année. Comment est né ce projet ?

« Il s’agit d’une idée de la production du Touquet Music Beach Festival et cela tombait pile poil car on a un projet de collab avec Tristan (ndlr : The Avener). On se connaissait déjà car nous vivons tous les deux dans le sud de la France. Depuis un an, nous avons commencé à nous fréquenter régulièrement. Quand l’idée du B2B est arrivé, on s’est dit c’est drôle car nous avons déjà des accointances musicales. On a dit oui tout de suite »



Comment vous-êtes vous préparé pour cette date inédite ?

« On s’est fait une sélection de titres qu’on aime de chacun et on est tellement excités à l’idée de faire ce live que j’ai dis à Tristan : « chiche je termine à la batterie sur « Supernature ? » Lui a donc pris son clavier. Cela s’est fait naturellement. C’est le plaisir d’être sur scène »

Justement, nous nous posions la question de savoir si vous alliez faire un DJ set ou un live sachant que tous deux vous êtes musiciens ?

« Nous avons sauté sur l’occasion et appelé le festival pour leur proposer cette idée. Ils ont tout de suite adhéré. »



L’an passé Bob Sinclar & Busy P se sont aussi produits pour la première fois ensemble au Touquet. L’idée a tellement bien fonctionné qu’ils sont repartis cet été en tournée pour quelques dates. Est-ce que vous aussi, avec The Avener, c’est le début d’une nouvelle aventure ?

(Il soupire) « Cela ne veut rien dire du tout, aujourd’hui ce sont juste deux artistes qui se rencontrent et qui parlent le même langage musical. On nous demande de faire quelque chose ensemble, on le fait car on est très potes. Un B2B comme ça, il s’agit d’une première. Y’en aura t-il d’autres avec Tristan ou d’autres dj’s, je ne sais pas. J’ai tellement de choses qui sont sur la route; un single « Summer Lovin » avec Purple Disco Machine qui vient de sortir, un autre qui sortira d’ici la fin de l’année avec Jamie xx. Quant à Bob Sinclar & Busy P, ils ont eu raison mais cela reste leur idée. »

Cerrone Cerrone · Cerrone Cerrone, Purple Disco Machine - Summer Lovin'

Avez-vous un souvenir commun ou une anecdote de soirée avec The Avener que vous pouvez nous raconter ?

« Nos managers respectifs nous parlaient et nous disaient « tiens, il y’a Tristan ou Marc qui aimerait bien faire quelque chose avec toi ». J’ai donc bien écouté ses productions mais nous n’arrivions pas à nous rencontrer, jusqu’à cette date à Toulouse » (il hésite). « J’arrivais dans le hall de l’hôtel et lui sortait car il avait joué la veille. C’était une pure coïncidence. On s’est pris un café à toute vitesse et on s’est donné rendez-vous dans le sud. La suite vous la connaissez. D’ailleurs, lui pensait que j’étais parisien et moi je ne savais pas qu’il habitait non loin de chez moi. »

Vous avez évoqué votre single « Summer Lovin » avec Purple Disco Machine. Depuis quelques années, ce dernier fait revenir le disco au centre de la pièce avec des titres qui ont particulièrement bien fonctionné en radio comme en club, comment analysez-vous ce retour « mainstream » du disco dans les programmations musicales ?

« Je ne l’analyse pas car j’entends cela depuis 40 ans. Cela fait 50 ans que j’ai sorti mon premier disque et toutes les décades j’ai toujours entendu cette idée du retour du disco. Pour moi, il n’est jamais parti ou alors il n’y a plus de discothèques. Par contre les termes ont changé. On a appelé ça garage, groove, house, (le plus copieur de la disco), la techno vient de là aussi. Par contre, ce côté populaire que la disco a aujourd’hui, je trouve ça vraiment bien car ce ne sont pas des artistes lambda sur des chansons pop qui essayent d’arranger à la sauce disco.



Il y’a vraiment une pensée, un état d’esprit de cette musique qui explique qu’elle a été très forte dans les 70’s, moins dans les années d’après car beaucoup d’artistes se l’adaptaient. Pour prendre un exemple, les Stones avec « Miss You », c’est de la disco mais ils l’ont fait à leur façon rock et de leur couleur musicale. C’est fantastique car c’est ce que font les jeunes aujourd’hui. Ils ne vont pas mettre des cordes, des cuivres…


Le pied en avant que j’ai mis à mes débuts où on m’appelait le bûcheron, est aujourd’hui une évidence. Je me souviens de « Love In C Minor » qui était tellement en avant que certains disaient « faut mixer, il est fou le mec ! ». Alors qu’aujourd’hui si on passe le même titre par rapport aux autres actuels, il est en arrière parce que les jeunes producteurs sont allés encore plus en avant.

Tout cela pour dire que tous les dix ans, « tiens le retour du disco » mais il n’y a pas eu de disparition.
 »

Cerrone Cerrone · Cerrone Cerrone - Love in C Minor

Sans parler de disparition mais de nombreux artistes pop ont sorti des projets totalement disco récemment comme Dua Lipa. C’est quelque chose que dix ans plus tôt, on ne voyait que peu de la part de ces derniers.

« J’adore ! Entendre du disco avec des chansons pop que j’ai beaucoup critiquées mais entendre le dernier tube d’Elton John avec Dua Lipa, c’est magnifique ! Pour revenir à Purple Disco Machine, ce qu’il a trouvé c’est ce sens disco, ces sonorités. C’est l’un des seuls à avoir réussi cela. Ce n’est pas un concept chanson même si un public lambda va considérer que c’en est une.


Le Elton John avec Britney Spears qui vient de sortir, ce sont 3 chansons mais la façon dont a été réalisé l’arrangement, c’est top. Tant qu’il y’aura des gens comme ça, vous pourrez demander dans 20 ans à quelqu’un «  alors le retour du disco ? » mais ce sont eux qui perpétuent.
 »

Vous aviez jusqu’à récemment une émission sur la radio Nostalgie : « L’instant Cerrone Cerrone », pourriez-vous nous présenter son concept pour que nos lecteurs aillent y jeter une oreille ?

« Nostalgie m’a approché et a soumis à ma maison de disque, un projet dans lequel je viendrai commenter à travers des anecdotes vécues, une période et des titres dont j’avais croisé les artistes en studio ou en télé. Je me suis dit on va tenter. Ils avaient réservé deux jours de studio mais en quatre heures j’avais tout dit, car des anecdotes j’en ai énormément. »



Pour finir, avez-vous un titre à nous recommander ?

«  J’aime beaucoup la prod et la conception du dernier Calvin Harris avec Pharell Wiliams et Halsey. »


D’autant plus qu’il est séquencé en deux parties, un choix que j’ai trouvé personnellement assez intéressant.


« Aujourd’hui c’est beaucoup plus ouvert, on n’est plus dans un formatage. On vit dans une société tellement formatée et la musique a pris un grand coup dans les années 2000 avec l’EDM. J’aime bien mais on écoute dix albums d’artistes, c’est la même chose, il n’y a pas d’originalité et peu de créativité à part les sonorités. Je trouve que tout ça se mélange bien aujourd’hui où l’on écoute plein de choses. Je pense que le Covid sur la planète a aidé aussi car il a permis aux gens d’avoir du temps pour aller fouiller un peu plus dans la culture musicale des grands frères ou des parents. Aujourd’hui on a des jeunes qui connaissent Deep Purple, Pink Floyd. Il y’a 3-4 ans moins. Dès qu’un artiste ose faire des clichés par rapport à ce qui s'est passé dans le passé et le mette au goût du jour, ça cultive l’esprit.  »

Le 14 octobre, à l’occasion de ses 50 années de carrière, Cerrone Cerrone sortira son nouvel album Cerrone Cerrone by Cerrone Cerrone compilant 16 classiques disco revisités par le dj/producteur.


Crédit Photo : Lucas Dufresnes
Alban Sauty Article rédigé par Alban Sauty